Une robe et une tragédie évitée de peu

Cette fois, je couds pour moi. Après mes dernières réalisations semi-industrielles de chaussons pour nouveaux nés, je m’étais promis d’enfin me pencher sur ma garde-robe et sur les nombreux patrons acquis chez Aime comme Marie, République du Chiffon ou Vanessa Pouzet… Oui mais voilà, c’était sans compter la promesse faite à Lison il y a au moins six mois, de lui coudre « une robe rose et violette, avant l’été ». Je pensais bêtement que la miss passerait rapidement à autre chose… C’est vrai, quoi, d’habitude, je peux répéter quinze fois « Mange au-dessus de ton assiette ! » sans que l’injonction soit suivie d’un quelconque effet… Cette fois, quand elle a choisi les tissus dans le placard aux trésors de sa Mamie Suzanne, j’ai bien senti que l’affaire prenait une tournure sérieuse et qu’elle ne lâcherait pas l’idée comme ça.

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Malgré le froid, la pluie, la galette des rois et les beignets – autant d’éléments qui franchement, ne donnent pas spécialement envie de penser aux tenues légères qu’on portera en juin -, la question revenait régulièrement : « Tu me la coutures bientôt, Maman, ma robe rose et violette ? » « Moui, m’enfin tu sais, là… l’été… c’est pas tout de suite… »

Et puis le soleil est arrivé, un peu en avance, et je me suis dit que le moment était venu d’honorer ma promesse. J’ai donc farfouillé dans mes patrons et jeté mon dévolu sur la fameuse (mais je ne savais pas à l’époque qu’elle l’était) robe à encolure ronde du non moins fameux ouvrage d’Astrid Le Provost, Intemporels pour enfants.

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J’avais déjà réalisé sans soucis quelques modèles des Intemporels pour bébés, des bavoirs et un gilet, donc je suis partie confiante. Il faut dire que tous les vêtements qui y sont présentés sont d’un charme absolu : raffinés, élégants, souvent un brin rétros tout en restant actuels, le genre qui vous donne envie de tout faire. Et cette robe à encolure ronde semblait si mignonne que les « patte indéchirable », « biais d’emmanchures », « fronces » et « boutonnière » mentionnés dans les indications de montage n’ont même pas fait peur à la folle dingue novice que je suis.
Bon, une fois la coupe effectuée, j’ai commencé à me rendre compte qu’il n’allait pas trop falloir compter sur les explications du bouquin, pour le moins lacunaires. La première ligne des indications de montage (« Faîtes une fente de 7 cm au milieu du dos, montez une patte indéchirable ») a provoqué chez moi un très expressif et encourageant « Gné ? ». Suivi aussitôt d’une ruade sur Google pour dénicher un tuto capable de m’enseigner l’art de la patte (ou fente) indéchirable. Je tiens d’ailleurs à remercier le lycée Jean-Moulin de Thouars et sa section Métiers de la mode, qui, en 2001, a réalisé une vidéo géniale expliquant clairement la méthode, que vous pouvez trouver ici. Résultat : patte indéchirable réussie du premier deuxième coup.
J’ai poursuivi avec la pose des biais d’emmanchures, qui, à mon grand étonnement, s’est déroulée sans encombres. Je commençais à me la péter grave. Puis le montage de l’encolure s’est chargé de me remettre à ma place de débutante qui va arrêter fissa de se la raconter. Parce que d’un coup, je ne comprenais plus RIEN.
C’est là que je me suis dit : « Tiens, si on allait voir sur Internet ce qui se dit à propos de cette robe ? » J’ai aussitôt regretté de ne pas avoir eu cette excellente idée plus tôt. Car quand on tape « robe à encolure ronde intemporels pour enfants PROBLÈMES », c’est déjà trop tard… J’ai compris à ce moment là que 1 : j’avais effectivement été optimiste quant à mes capacités de couturière en choisissant ce modèle, au vu de toutes les filles beaucoup plus douées que moi avouant avoir galéré pour poser cette encolure, et que 2 : même si j’avais été douée, j’aurais eu des ennuis puisqu’il y a une erreur dans le patron. Groumpf…
Franchement énervée à l’idée d’avoir travaillé pour rien, un peu triste de décevoir Lison, et pas spécialement contente de gâcher du tissu, j’ai décidé de m’accrocher et à force de bâtir, piquer, découdre et recommencer (serais-je devenue patiente ?), le miracle a eu lieu : la robe ressemblait à une robe !
Il ne me restait plus que la boutonnière à coudre. Enfin, cette robe allait être terminée. Enfin, j’allais passer à autre chose.
Ah ah ah. La boutonnière ! La dernière étape ! Pas la plus compliquée ! D’ailleurs, tout s’est bien passé. Jusqu’à ce que j’ouvre la boutonnière avec mon découd-vite… Je ne sais si l’allégresse d’en avoir bientôt fini avec cette satanée charmante robe a décuplé ma force, ou si tous les dieux de la couture m’ont punie d’avoir, enfant, soupiré d’ennui au milieu des magasins de tissu dans lesquels ma mère me traînait, toujours est-il que je déchirai la boutonnière sur quelques millimètres. Vous imaginez la cataclysme émotionnel, le tragique de la situation ? Passer en un instant d’une joie incommensurable au plus profond désespoir, il y a de quoi s’effondrer… « Aaaaaah ! Foutue, elle est foutuuuuuuuue ! Bouhouhouhou ! » (C’est bientôt le festival de Cannes, j’ai toujours voulu être actrice.)
Reprenant mes esprits, j’ai dû admettre qu’il n’y avait pas totalement péril en la demeure, et que ce petit accroc n’empêcherait pas Lison de porter sa robe. Une fois boutonnée, d’ailleurs, l’accident ne se soupçonnait même pas. Et puis surtout, j’ai pu compter sur les doigts de fée de Mamie Suzanne qui nous a réparé ça en un instant, tout en passant les coutures à la surjeteuse pour que même l’envers soit tout net (j’ai bien aussi une surjeteuse à la maison, mais pour le moment, toutes ces aiguilles et toutes ces bobines, ça me fait un peu peur…).

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En tout cas, Mademoiselle ma fille est enchantée de ce nouveau vêtement. Elle m’a même gratifiée d’un « Tu est la plus meilleure des mamans », qui m’aurait bien fait fondre, s’il n’avait été suivi de l’impertinent « Et tu le resteras si tu continues à me fabriquer des trucs »…

Cette fois, je couds pour moi…

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